Coup de coeur : Pour ou contre la corrida ?

Il existe aujourd’hui en France de nombreux débats qui déchaînent les foules et les passions et qui opposent très souvent deux visions du monde bien distinctes. Le lait avant ou après les céréales, ou encore chocolatine ou pain au chocolat sont en effet des sujets engagés et qui soulèvent de vraies questions intellectuelles de notre pays. Dans le même genre, tout de même de manière plus sérieuse, j’ai alors décidé de parler d’un sujet très controversé qui est, contre toute attente venant de ma part celui de la corrida. Alors, pour ou contre la corrida ? Personnellement je suis pour et je vais vous expliquer pourquoi.

Pour cela, nous devons remonter une dizaine d’années en arrière. J’avais alors 8 ou 9 ans, pas plus et, dans des arènes de Dax affichant complet pour cette affiche, les coups de 18h sonnaient, le spectacle commençait. Installé au tout premier rang, je vis entrer dans l’arène d’un regard fasciné ces matadors, véritables gladiateurs des temps modernes aux habits de lumière. Ils entraient alors sur la piste. Sur leur piste. Celle sur laquelle ils allaient affronter la mort face à une bête six fois plus lourde qu’eux, et dont le moindre coup de corne mal placé peut vous ôter la vie. Les clarines sonnent, le premier taureau entre en piste. 

Commence alors une chorégraphie, une danse entre l’homme et l’animal, entre la vie et la mort, rythmée par le bruit des sabots qui battent le sable, et par les olés qui s’échappent du public. Je suis fasciné. Mon regard ne peut se décrocher de ce spectacle si envoûtant, où le danger règne à chaque instant, où la moindre erreur d’inattention peut être fatale, où chacun des deux acteurs de ce ballet mortuaire se bat avec ses propres armes. L’un avec ses cornes, l’autre avec sa cape et son épée. L’un avec sa bravoure et son instinct de combat, l’autre avec son intelligence. Après 2 heures de spectacle, je sors de l’arène l’esprit encore rempli de passion par ce spectacle si singulier. Je suis alors devenu un aficionado.

Mais ces derniers temps, avec la montée des tendances végétariennes et du courant de pensée estimant que l’animal est l’égal de l’homme, cette tradition qui date de la nuit des temps à tendance à être de plus en plus remise en question et le débat sur la légitimité de la corrida est de plus en plus mis en avant. A travers ce coup de cœur pour la corrida, j’en profite alors pour exprimer également un léger coup de gueule contre les anti-corrida car, que des gens n’aiment pas la pratique de la corrida et souhaitent l’interdire, je le comprends tout à fait et cela ne me dérange pas. Mais ce qui me dérange, c’est la facilité avec laquelle ils dénigrent cet art en divulguant des absurdités totales.

Pour dénoncer les propos des anti-corrida, je me suis donc rendu sur le site internet de l’association CRAC, le Comité Radical Anti Corrida.

Une fois sur leur page, j’ai donc observé leurs différents arguments afin d’y répondre pour défendre cet art qui me tient à cœur. Commençons alors tout simplement par se poser la question suivante : puisque c’est ce qu’ils veulent tant, demandons-nous ce qu’il va se passer si l’on décide l’abolition de la corrida.

Tout d’abord, il faut garder à l’esprit que ces taureaux sont des taureaux de combat. Ils naissent, vivent et meurent pour combattre guidés par leur instinct de domination. Seulement aujourd’hui sur le vieux continent, il n’existe plus un seul troupeau qui ne vive à l’état sauvage à part entière. Leur lieu de vie naturel est donc le pré de leur ganadero, propriétaire de l’élevage qui chaque jour les nourrit, les soigne et s’occupe d’eux comme un père de ses enfants. 

Alors, si l’on arrête ces élevages, où iront vivre les taureaux ? Comment se nourriront ils ? 

De toute façon cela est inutile de se poser de telles questions puisqu’il faut être réaliste. De nos jours, rares sont les bovins qui meurent de cause naturelle et tous sont destinés un jour ou l’autre à finir dans nos assiettes.

Alors si l’on arrête la corrida, tous ces élevages seront abattus lâchement dans les abattoirs. Puis, petit à petit, cette race tendra vers sa disparition, car sa viande est trop nerveuse et pas assez tendre donc oui, si le taureau de combat existe encore aujourd’hui, c’est bel et bien grâce à la corrida. D’ailleurs, les bêtes abattues au cours de corridas ne montrent que la partie visible de cet iceberg qu’est l’élevage de taureaux de combat. Pour vous le démontrer, faisons un petit point chiffré si vous le voulez bien. En moyenne au sein d’un élevage entier, ce sont seulement 10% des taureaux qui seront destinés à entrer dans l’arène : ceux qui présentent le mieux, qui sont le plus aptes physiquement. A titre d’exemple en France on compte approximativement 6000 taureaux de combat et ce sont donc 5400 taureaux qui vivront une vie longue et paisible dans les immenses prés mis à leur disposition et qui pour certains d’entre eux, les reproducteurs, ne seront même pas abattus mais qui laisseront échapper leur dernier souffle chez eux, dans leur campo.

Alors si l’on arrête la corrida, tous ces taureaux seront remplacés petit à petit par des bêtes plus grasses, plus charnues, et la statistique ne sera plus de 10% abattues précocement mais s’approchera plutôt des 100%. Alors que préférez-vous ? Des bêtes qui vivent dans des box, à l’abri de la lumière naturelle, et abattues lâchement, ou des taureaux braves, vivant à l’air libre, en troupeau, et qui pour une petite partie d’entre eux perdront la vie avec bravoure et finalement peu de souffrance dans un ultime combat.

Car oui, parlons de la souffrance. Contrairement aux idées reçues, le taureau ne ressent pas vraiment la souffrance, et pour vous l’expliquer je vais vous raconter une petite anecdote.

Cette anecdote c’est celle d’un certain Christophe Dussau, 8 fois champion de France de Course Landaise qui lors d’une très grande compétition qui se déroulait chez lui à Aire sur Adour s’est fait violemment attraper par la vache lors de sa toute première figure. Bien déterminé à remporter ce grand concours à domicile (le premier à son palmarès), il réussira à se relever et finira au terme de ses 24 figures par remporter le concours. Une fois l’euphorie de la victoire retombée, Christophe sera finalement envoyé à l’hôpital. Le bilan : 3 côtes cassées, le poumon perforé par les os enfoncés. Il mettra du temps à s’en remettre.

Tout cela pour dire que, porté par l’orgueil, l’adrénaline et l’envie, il a réussi à faire abstraction de la douleur et c’est exactement la même chose pour le taureau. Ce comportement d’ignorance de la douleur est d’ailleurs régulièrement évoqué par les vétérinaires spécialistes qui très souvent confirment cette théorie.

Enfin, le dernier fait que dénoncent les anti-corrida, c’est le plaisir que prennent les spectateurs à voir un animal mourir. C’est là qu’ils se trompent car les spectateurs ne prennent pas de plaisir dans la mort de l’animal mais dans tout ce qu’il se passe avant, ce que je vous ai décrit au début de mon discours. Il ne vient pas voir la mort mais plutôt la théâtralisation de la mort, en se concentrant sur la performance sportive, technique ou artistique.

Mais aussi et surtout selon moi, il vient admirer ce qu’il ne sera jamais capable de faire, admirer cet homme qui a le courage de venir défier cette bête sauvage au péril de sa vie.

Je ne prétends pas que mon argumentation vous fasse aimer la corrida, car pour l’aimer il faut la voir, mais j’espère qu’elle contribuera au moins à ce que vous ne détestiez pas cet art et que vous respectiez ceux qui le pratiquent et le contemplent. 

En attendant, nous voici au mois de novembre, la temporada estivale est terminée, le matador est allongé dans son lit : il n’arrive pas à trouver le sommeil et pense déjà aux joutes épiques qu’il devra mener dans maintenant moins de 6 mois. Juste à côté de lui, rassurée par ces longs mois d’hiver et comme le dit si bien un certain Francis Cabrel, « ce soir la femme du toréro dormira sur ses deux oreilles ».

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